Pérou

L’âge d’instruction obligatoire est de 6 à 16 ans.
Dans la loi péruvienne, il est dit que les parents ont l’obligation d’assurer à leur enfant instruction et sécurité (Article 6).
Ils ont le choix en ce qui concerne l’éducation de leur enfant, le choix dans l’institution qui va assurer cette charge (Loi n° 28044 du 29 juillet 2003), cependant, l’instruction en famille n’est mentionnée nulle part dans la loi. Certains interpréteront ce vide comme une autorisation à instruire en famille. De fait, il existe peu de familles qui ont choisi ce mode d’instruction.

Cependant, cette façon d’instruire ne donne pas accès aux diplômes et certifications péruviennes. Il y a cependant la possibilité de passer par des écoles alternatives ou des cours du soir, comme le CEBA, Centro de Educación Básica Alternativa, pour passer ces dernières.
En 2014, l’union des écoles adventistes (l’adventisme est un mouvement chrétien originaire des États-Unis) de Lima a reçu une autorisation des autorités de donner des certifications à des enfants instruits en famille.

Sur le site Homeschool en Perù, vous pourrez trouver des informations pratiques sur l’instruction en famille, ainsi qu’une liste d’écoles pouvant délivrer les certificats d’études.

La pédagogie Freinet

Dans un coin de la classe, deux élèves travaillent sur une fiche de mathématiques. Trois autres se concertent autour d’un article qu’ils sont en train d’écrire pour le journal. Un autre petit groupe fabrique une cabane pour les oiseaux. Sur l’ordinateur, un élève recopie son texte libre. Quatre autres, ici et là, continuent de remplir leur plan de travail. L’enseignant fait le point avec un élève sur l’avancée de ses projets.

Soudain, une élève, présidente de la semaine, agite une cloche. C’est l’heure du conseil de classe. Chacun interrompt ses occupations et vient s’installer autour d’elle.

Voici un exemple de ce qu’il peut se passer dans une classe Freinet.

L’article qui suit va tenter d’expliquer ce qu’est ce courant pédagogique et comment s’en inspirer chez soi.

Qui était Célestin Freinet ?

Célestin Freinet est un des piliers de l’éducation moderne. On peut le ranger avec Decrolli et Pestalozzi qui ont participé à ce qu’on appelle l’éducation nouvelle. Elle s’adresse à tous et en particulier aux enfants qui sont issus des milieux les plus populaires.

Revenons à Célestin Freinet, celui dont, parfois ,l’énoncé de sa pédagogie peut faire dresser les cheveux sur la tête à des parents d’élèves un peu trop timorés. Commençons par un peu d’histoire. Célestin Freinet est né en 1896 à Gars dans les Alpes Maritimes. Il est issu d’une famille modeste, d’extraction paysanne.

Bon élève, il n’aime cependant pas aller à l’école, car il s’y ennuie. Cela ne l’empêche pas de passer le concours pour devenir instituteur. Il commence sa formation en 1912. Cependant, en 1914, l’appel à la mobilisation générale fait qu’il ne termine pas. Toutefois, il est blessé en 1917 et en gardera des séquelles aux poumons durant toute sa vie. Cette blessure va sans doute orienter sa manière d’enseigner.

En 1920, il devient instituteur est nommé à l’école de Bar sur Loup. Ne pouvant pas vraiment parler très longtemps, il va finir par adopter une technique d’enseignement un peu révolutionnaire.

Il met en place l’imprimerie en classe et incite les élèves à fabriquer un journal. La coopérative naît durant ses deux premières années d’enseignement.

L’envol de la pédagogie Freinet

On ne peut pas parler de Célestin Freinet sans parler de sa femme, Élise. Ils se marient en 1926. Élise est aussi enseignante. Elle collabore finalement avec son mari en 1927 et ils sont tous les deux nommé à St Paul de Vence.

Élise s’occupe des plus petits et Célestin a la classe des plus grands. Le couple continue à mettre en place leurs innovations pédagogiques et ils fondent la revue La gerbe. C’est un recueil des meilleurs textes écrits par les élèves. Dans la foulée, Célestin éditera un bulletin pour que les enseignants puissent s’auto-former à sa démarche pédagogique. Rapidement, un réseau va se former autour de Freinet. Il fonde en 1927 la coopérative de l’enseignement laïque. Par ce biais, il distribue des films, des brochures et même des disques pour diffuser ses pratiques nouvelles.

Comme dit plus avant, Freinet est un des piliers de l’éducation nouvelle. Il s’inspire des travaux de Pestalozzi, visite des écoles à Hambourg, fait un voyage en URSS pour les écoles communistes, rencontre Decrolli… Tout cela lui permet de mettre au point de nouvelles techniques dans sa classe. Cependant, cette modernité suscite de la méfiance et ses supérieurs commencent à lui mettre des bâtons dans les roues.

Ainsi, en 1933, il est accusé de communisme au sein de l’éducation nationale. Il est sommé de prendre sa retraite. Mais Freinet ne se laisse pas abattre et il a pour projet de fonder sa propre école.

Ecole Freinet de Vence (A.-M.) – La composition chez les petits. 1937. / ICEM

C’est ainsi qu’en 1935, il fonde une école et en internat près de Vence dans les Alpes Maritimes, le Pioulier. Le couple Freinet prennent sous leurs ailes des petits-enfants en manque d’affection. Ils accueillent de nombreux réfugiés espagnols. En parallèle, Célestin continue à parcourir le monde pour faire des conférences.

En 1939, la deuxième guerre mondiale commence. On interdit les journaux d’enfants. Freiner est soupçonné de faire de la propagande pour le parti communiste et est arrêté et interné en 1940, pendant 19 mois.

Toujours fragilisé par sa blessure de la première guerre mondiale, il tombe gravement malade. Cependant, cela ne l’empêche pas d’écrire sur la pédagogie et de continuer à essayer de diffuser ses idées.

Après la guerre il pense que l’opportunité qui se pose de relancer le système éducatif français en l’alimentant avec ses idées nouvelles est là, mais personne ne prête attention à lui. On rejette sa pédagogie et on l’ignore. Mais Freinet ne se laisse pas abattre et en 1948 il crée l’ICEM, l’Institut coopératif de l’École Moderne.

Il forme les enseignants à ses méthodes éducatives et le mouvement prend alors une ampleur inespérée. De nombreuses visiteurs viennent voir fonctionner son école privée qui a rouvert après la guerre. En 1949, le film L’école buissonnière qui relate les débuts de l’instituteur obtient une petite notoriété auprès du grand public qui commence à s’intéresser à sa pédagogie.

Célestin Freinet est mort en 1966. Il laisse un grand héritage et l’ICEM continue à propager son œuvre. On trouve donc des classes qui fonctionne avec le modèle Freinet dans presque que tous les pays du monde. Ces classes coopératives fonctionnent comme à l’époque en y incorporant les technologies modernes : l’imprimerie a été remplacée par l’informatique, maintenant les enfants peuvent filmer avec des caméras et propager leurs journaux par Internet.

En 1964, l’école Freinet est reconnue par l’éducation nationale. Cependant elle ne concerne vraiment qu’une minorité d’élèves scolarisés, on estime à 5 % la proportion d’écoles Freinet parmi le contingent d’écoles publiques en France. La méthode Freinet fait toujours peur, peut-être parce qu’elle donne un peu trop la parole aux enfants.

La pédagogie Freinet, concrètement, c’est quoi ?

Le texte libre

Quand on pense Freinet, on pense tout de suite à l’imprimerie et le journal. Oui, ce sont ses premières innovations pédagogiques. Cependant, pour alimenter son journal, une classe Freinet se repose sur les productions libres des élèves. Voilà le noyau de la méthode Freinet. L’expression libre.

L’enfant va pouvoir parler de tout, de ce qui l’intéresse, mais aussi de ce qui le questionne. Il va pouvoir parler de son quotidien ou de choses plus grandes, extérieures à lui-même. Les enfants vont donc avoir possibilité de fournir un panel d’écrits divers. On aura de la poésie, des récits, des histoires, des compte- rendus de lecture, des textes documentaires, des interviews de personnes… L’enfant peut choisir d’illustrer ses textes.

Toutes un panel de compétences est mise à disposition de ce texte. Ces textes vont apporter des connaissances nouvelles à la classe, mais aussi rendre compte des événements marquant de la vie de la classe. Les textes sont choisis par les autres, ainsi l’enfant mis en avant est mis en valeur. Cela permet à l’enfant de créer et d’écrire avec joie, et d’écrire quelque chose qu’il intéresse. C’est fondamental pour apprendre avec plaisir.

Marine Baro

La correspondance

L’écriture aussi pour but de communiquer avec autrui. En plus du journal, il y a aussi la correspondance scolaire qui a une grande importance. A son époque, Freinet en profitait pour comparer la vie des écoles de ville et celle de campagne. L’envoi de colis ryhtme aussi une année en classe. On y mettra les productions d’élèves qui souhaitent les envoyer à leurs correspondants, des spécialités locales ou des trésors ramassés dans la nature.

La coopération entre pairs

Une classe Freinet est aussi une classe coopérative. La communication se fera également à l’intérieur de la classe avec différents supports, comme une boîte à questions où les enfants glissent des bouts de papiers où ils ont écrit des questions sur leur travail ou une proposition d’activité à faire. Il y a le journal mural qui est une espèce de cahier de doléances dont les objets seront étudiées en conseil de classe.

Ce dernier est un pilier de la classe Freinet. Ces classes ont d’ailleurs toutes une coopérative tenue par les élèves. Elle a un président, un secrétaire est un trésorier. Les enfants gèrent leur budget lors du conseil. Ce dernier sert aussi à gèrer la vie de la classe.Il se tient hebdomadairement. On prend le journal mural où chacun a écrit ses souhaits, ses critiques ou ses félicitations et les enfants en discutent entre eux.

Le conseil sert aussi à planifier la semaine suivante au niveau du travail, du budget et de la répartition des tâches. Les élèves ont donc une vision globale de là où ils en sont et où ils vont, tout en ayant des responsabilités de gestion du budget et d’administration des tâches.

La pédagogie Freinet met l’enfant dans un rôle de personne responsable. Elle prépare les citoyens de demain. C’est par la coopération et la démocratie que les enfants apprennent à se prendre en main. Elle montre aussi ce qu’est un travail en groupe et le pouvoir décisionnel de ce dernier. Pourtant, l’enfant reste libre de ce groupe, car il peut créer lui-même quelque chose comme les textes, il fait des apports personnels à la dynamique de la classe.

L’école libre Freinet à Vence (Alpes-Maritimes, France). En 1953. Georges Dudognon / adoc-photos

L’importance du matériel

Il travaille aussi pour lui-même grâce aux fichiers auto-correctifs mis à disposition par l’enseignant. Il respecte ainsi son propre rythme d’apprentissage. On verra bien sûr à mettre à disposition des enfants tout le matériel nécessaire à la réalisation de leurs recherches. Là aussi, chez Freinet, le matériel a son importance. À l’époque, il y avait une imprimerie dans la classe. Aujourd’hui, on va plutôt utiliser l’ordinateur. Le journal est construit comme un vrai journal avec son comité de rédaction, les enfants donnent leur avis, on débat de qui va être publié, des textes à retravailler. Peut-être qu’aujourd’hui, cela prendra peut-être la forme d’un blog. Dans les classes Freinet, il a aussi des enregistrements sonores et les enfants font des films? Dans certaines écoles, il y a aussi une radio locale.

Ces outils servent à ouvrir l’enfant sur le monde extérieur et lui donnent aussi la possibilité de peaufiner son travail car il va être diffusé. On a donc comme outil le texte libre, l’imprimerie et le journal et comme chez Charlotte Mason, il n’y a pas de manuels scolaires. On est sur du vivant ouvert sur le monde extérieur. Il faudra donc veiller à apporter énormément de matériel, et que l’enfant évolue dans un milieu riche que ce soit en outil ou en personnes ressources.

Une pédagogie ouverte sur le monde

Les classes Freinet ne sont pas enfermées. Célestin Freinet était un enfant de la campagne et il enseignait à la campagne. A cause de ses problèmes de santé, il faisait une grande balade quotidienne avec ses classes. Ces promenades laissaient libre cours à l’observation de la nature et à la collecte d’objets qui allaient être étudié en classe. Cette promenade avait lieu au début de l’après-midi. Les enfants parcouraient d’abord le village, regardaient les artisans puis allaient dans les champs.

C’était aussi donc une balade qui permettait de prendre l’air, de faire l’exercice physique puis de l’observation et de la collecte. La nature est très importante pour Freinet. Il a d’ailleurs beaucoup parlé de “méthode naturelle” lorsqu’il expliquait sa façon d’enseigner. Pour lui, c’était se connecter à la vie concrète. Les mathématiques s’apprennent en vendant les journaux, en utilisant des objets pour mesurer la taille des nichoirs à oiseaux. Le français s’apprend en écrivant des textes, en les corrigeant et les rendant lisibles pour un tiers. L’ouverture sur le monde se fait en discutant avec les personnes qui travaillent au village ou un étranger de passage. L’échange se fait très oralement mais la restitution pourra se faire par écrit avec un article ou un exposé.

Ecole Freinet – Vence (A.-M.) – Au four, le partage du pain. 1935. / ICEM

La méthode naturelle

Freinet, lui aussi, a constaté qu’un enfant apprend à parler en observant et en écoutant les autres, il apprend à marcher de la même manière,il va donc apprendre à lire et à écrire tout pareillement. Personne ne peut forcer l’enfant ni le faire à sa place. Le tâtonnement expérimental propre aux acquisitions des premières compétences de l’enfant peut s’appliquer à la lecture et à l’écriture. L’erreur est importante, elle est même un atout. C’est comme ça que l’enfant va chercher à produire ses propres textes.

Chez Freinet, pas d’étude de la langue traditionnelle. Il a d’ailleurs fait un manuel de grammaire de quatre pages. C’est dire qu’il pensait que ce n’était pas très important. On retravaille les textes ensemble sans forcément mettre tout le jargon qui’il y a derrière. C’est en faisant des hypothèses et en les partageant avec ses camarades qu’il finit par se corriger de manière orthographique. L’enfant est acteur de ses apprentissages, c’est lui qui dirige et qui pilote. Il ne va pas chercher à reproduire ce que les autres font, il va s’en inspirer pour nourrir ses propres créations. Il convient d’éviter de le braquer, de dire simplement qu’il s’est trompé et on discute ensemble. En pédagogie Freinet, l’enfant est aussi amené à s’autogérer pour ses apprentissages. Il y a le plan de travail individuel où l’enfant va noter ses objectifs de la journée ou de la semaine puis validé ses avancées au bout de la journée ou de la semaine.

Et pour l’instruction en famille ?

Tout comme la pédagogie Montessori, ou Waldorf-Steiner, la pédagogie Freinet est pensée pour une classe.

Cependant, cela n’empêche pas de s’en inspirer grandement et de l’appliquer à la maison. Le plan de travail, par exemple, est tout à fait utilisable en instruction en famille. Cela permet à tous d’avoir une visibilité de l’avancée des apprentissages. Le conseil de classe peut devenir un conseil de famille. On pourra donc utiliser le journal mural pour que chacun puisse venir y déposer ses remarques.

Évidemment, tout ce qui est texte libre est complètement faisable en IEF. De plus, si on a plusieurs enfants, c’est encore mieux. Le public ciblé des écrits sera la famille, les grands-parents, les cousins, etc. Les sorties natures, la collecte d’objets et d’informations est aussi facilement transposable en IEF. Freinet s’adapte parfaitement à des apprentissages informels.

Bibliographie, sitographie

Le site de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne.

Site Amis de Freinet.

Film L’école buissonière (1949) dont le résumé est disponible dans la BT 100.

Pour l’école du peuple, Célestin Freinet (analyse sur le blog de Bernard Appy)

La méthode naturelle, Célestin Freinet.

Dessins et peintures d’enfants, Élise Freinet.

La pédagogie Freinet : concepts, valeurs, pratiques de classe, Nadine Glauque, Chantal Tièche Christinat. (article à lire sur Apprendre à éduquer)

Les pédagogies Freinet: Origines, concepts et outils pour tous, Isabelle Quimbetz, Isabelle Huchard, Bernadette Guienne, Bruce Demaugé-Bost, Sylvain Connac.

Entrer en pédagogie Freinet, Catherine Chabrun.

Le grand guide des pédagogies alternatives, Madeleine Deny, Anne-Cécile Pigache

Activité de chasse aux mots chez Activités maison.

Mettre en place la pédagogie Freinet en IEF pour un enfant de maternelle chez L’Atelier des enfants libres.

Partadocs, un blog collaboratif qui s’inspire du journal Freinet

Petite abécédaire de l’école, Site d’une classe de cycle 3 s’inspirant de la pédagogie Freinet.

Le blog de Marine Baro, institutrice en classe Freinet.

École Primaire Élise et Célestin Freinet.