Instruire sans cours par correspondance

Instruire en famille n’oblige pas à faire appel à des cours par correspondance. Il est possible de faire sans. Les possibilités sont multiples. Cet article va tenter de faire un peu le tour de ce qui est possible.

Instruction formelle

C’est ce qui va se rapprocher le plus de des cours par correspondance. La différence est que la préparation, la correction et le suivi repose intégralement sur les épaules de l’instructeur : parent ou personne désignée pour cette tâche.

Là, il va falloir éplucher les programmes, se donner des objectifs. On va pouvoir s’appuyer sur des manuels, des sites d’enseignants ou d’autres parents instructeurs qui partagent leurs ressources. La variété des supports peut effrayer.

Chez les parents qui choisissent d’instruire de façon formelle, on retrouve une organisation assez structurée, avec souvent une programmation annuelle, des objectifs temporels, un emploi du temps. Le découpage des apprentissages est semblable à l’école, que ce soit en termes d’objectifs qu’en terme d’organisation temporelle des journées : on va retrouver un temps pour les mathématiques, un temps pour le français, etc.

Évidemment, on va avoir aussi quelques petites variations, certains vont s’appuyer sur les manuels uniquement, d’autres vont suivre une pédagogie particulière, comme celle de Maria Montessori,dont je parlerai dans un prochain article, d’autres encore vont aller sur une approche plus ludique. Le point commun étant que les apprentissages sont globalement menés par l’adulte en suivant une programmation.

L’instruction formelle demande un certain investissement de la part du parent instructeur et beaucoup de travail en amont. Sélectionner les manuels, adapter la programmation à ses enfants… Si on veut suivre une pédagogie particulière, il va falloir se renseigner sur cette dernière, acquérir et mettre en place le matériel nécessaire, adapter les apprentissages aux exigences du programme français ou du pays selon le curriculum choisi.

Apprentissages informels

On les oppose souvent au apprentissages formels, mais cela peut être un complément comme une manière d’enseigner à part entière.

Concrètement, les apprentissages informels peuvent prendre différentes formes. On peut avoir une approche en pédagogie de projet : fabriquer une mangeoire à oiseau permet de découvrir des notions de géométrie et de technologie. Une visite au musée donnera lieu à faire du français grâce à la rédaction d’un compte-rendu de la visite. Selon le type de musée, on abordera telle ou telle matière. Prendre des photos permet de valider des acquis en technologie. Si le compte-rendu est tapé à l’ordinateur, on valide d’autres acquis en Techniques de l’Information et de la Communication. Faire un gâteau va permettre des apprentissages en mathématiques, dont on peut garder une trace quelque part.

En résumé, on part de ce que l’enfant vit, de ce qui l’intéresse et on y greffe des notions des programmes tout en gardant une trace des projets et réalisations. Pas d’exercices dans un manuel, mais des livrets réalisés par l’enfant ou l’adulte, ou des photos qui servent à valider les acquis.

Les apprentissages autonomes ou unschooling

Le Unschooling est un terme anglais qu’on oppose souvent au Homeschooling. On peut traduire cela par « apprentissages autonomes ». Pas d’imposition par l’adulte, pas de récupération pédagogique des projets de l’enfant. Ce dernier est libre d’apprendre et il le fait par lui-même. C’est une extension des apprentissages premiers de l’enfant où on considère que, comme l’enfant a appris à parler sans qu’on lui fasse de cours, il peut très bien apprendre à écrire et à lire de la même façon et aussi apprendre tout court sans recevoir aucun cours qu’il soit formel ou informel. 

On retrouve une explication très complète de cette façon d’apprendre chez John Holt dans son ouvrage Les apprentissages autonomes.

Un article complet sur l’unschooling sera publié bientôt, parce que c’est vraiment une façon de vivre à part entière, qui est souvent assez peu comprise et difficile à appréhender. Je vais me contenter d’en brosser rapidement les lignes ici. Pour résumer grossièrement, c’est vivre et laisser vivre, mais sans laisser l’enfant livré à lui-même, il s’agira aussi toujours d’accompagner l’enfant dans ses apprentissages, même s’ils ne portent pas forcément ce nom là, car il n’y a aucune formalisation ni aucune récupération informelle. Ce n’est pas non plus complètement une liberté sauvage. Comme le disait Alexander S. Neill : la liberté, pas la permissivité. C’est assez complexe.

 Pour aller plus loin :

Une petite bibliographie :

Sur l’instruction en famille, des pistes pour se lancer :

Sur les apprentissages autonomes :

Se lancer dans l’IEF

Ca y est, vous êtes décidés, vous allez vous expatrier dans un nouveau pays qu’il est beau, c’est vraiment chouette de commencer une nouvelle vie. A toutes les questions administratives qui se présentent, celle de la scolarisation de vos enfants arrive vite.

Si vous êtes déjà sur place au moment d’avoir vos enfants, vient l’âge de la scolarisation et une question se présente concernant cette étape importante.

Quelque soit votre cas, elle est là.

École locale ou école française ?

Et si tout simplement, vous décidiez de faire autrement ?

Être en règle avec la loi

La première chose à faire est de vérifier la légalité de l’instruction en famille dans le pays de résidence. Vous pouvez évidemment trouver des informations ici, sur Expatr’IEF, mais tous les pays ne sont pas encore entrés dans le site.

Une source d’information fiable est le texte de loi qui régit l’éducation du pays. On peut en trouver sur le site de l’UNESCO. Pour un grand nombre de pays, l’information est simple à trouver.

Si l’IEF est légale, youpi, c’est chouette. Il ne reste plus qu’à suivre les directives données par les autorités locales, déclarer tout ça proprement si c’est obligatoire, et c’est parti pour l’aventure !

Si l’IEF n’est pas légale, tant pis. Je ne suis pas partisane du « on s’en fiche, on est Français, on fait ce qu’on veut. » Être résident d’un pays, c’est respecter les règles du pays. Pour avoir habité en Allemagne et avoir vu ce que risquaient les familles qui ne scolarisaient pas malgré tout, ça refroidit. Être expatrié n’est pas forcément simple, c’est déjà assez bouleversant pour ne pas en plus avoir des ennuis avec la justice du pays d’accueil.

Dans le cas où le statut n’est pas clair, c’est un peu la loterie. Soit on vous fichera la paix parce que vous n’êtes pas du pays, soit on vous aura à l’œil. A vous de voir si vous vous sentez d’attaque pour gérer ce stress supplémentaire.

Je le rappelle encore mais, une fois que vous êtes résidents dans un pays étranger, vous n’avez plus de compte à rendre à la France ! La scolarité de vos enfants ne la concerne pas/plus !

L’IEF, en pratique, on fait quoi ?

Si la loi sur l’éducation impose un curriculum et un suivi régulier des enfants instruits en famille, il va falloir suivre les directives. A vous de regarder le curriculum local. Après, vous pouvez faire appel à des professeurs particuliers, des cours par correspondance, des ateliers…

Si rien n’est imposé, c’est à vous de voir ! Curriculum local ? Éducation à la française ? Unschooling ? Il y a tant de possibilités !

Si vous voulez être classique et suivre les programmes soit du pays d’accueil, soit de la France, il va falloir se renseigner sur ces derniers. Vous mettez ensuite en place vos plages de travail et, soit vous faites tout vous-même, soit vous investissez dans des cours par correspondance. Votre enfant pourra passer les examens français (baccalauréat) en candidat libre dans un centre d’examen français s’il en existe dans votre pays de résidence.

L’avantage de la liberté, c’est de pouvoir aussi s’inspirer de façon de faire différentes et là, c’est tout un monde qui s’offre à vous : Montessori, Steiner/Waldorf, Freinet, Decroly, Froëbel, Reggio…. Si la pédagogie vous intéresse, alors vous aurez de quoi nourrir cet intérêt. Si c’est du Chinois, alors vous pouvez faire une recherche sur ces noms, en attendant que je vous en parle un peu plus ici dans des articles dédiés. Il y aussi de très bons blogs qui en parleront mieux que moi !

En dernière possibilité, il y a celle de ne pas du tout faire de curriculum. C’est l’unschooling. On suit les centres d’intérêt de l’enfant, on n’impose pas les choses, on ne formalise pas tout ce qui attise sa curiosité, bref, la liberté totale. Attention, ce n’est pas non plus laisser tout faire et ne rien faire du tout. C’est un mode de vie tout entier, qui peut surprendre et déstabiliser. J’en reparlerais aussi dans un billet dédié.

Et la sociabilisation ?

Sujet très sensible ! Mais instruire en famille ne veut pas dire rester enfermés chez soi, dans sa bulle franco-française. Si l’IEF est répandu dans votre pays d’accueil, il y a de grandes chances qu’un groupe de non-scolarisés existe près de chez vous. N’hésitez pas à rencontrer d’autres familles comme vous ! Ça vous fera un réseau de connaissances proche, permettra votre pratique de la langue et vous pourrez parler de vos inquiétudes. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est une expérience enrichissante !

S’il y a peu d’activités locales ou pas de groupe, pourquoi ne pas créer un réseau dans votre coin ? Ça demande de l’énergie, certes, mais c’est aussi une expérience qui peut être valorisante, surtout si on est le conjoint suiveur qui a tout arrêté pour s’expatrier. La solitude, c’est terrible quand on change de pays. Qui sait, peut-être vous découvrirez-vous de nouvelles compétences et qualités ?

Voilà ! Vous avez quelques billes pour vous lancer en IEF. A vous de jouer, maintenant !