La pédagogie Montessori

Par Inconnu — Nationaal Archief, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=46670977

Maria Montessori.

Un nom qui revient souvent quand on s’intéresse un petit peu à la pédagogie et à l’instruction en famille.

Montessori, on pense souvent au matériel, mais c’est aussi une philosophie.

Montessori, c’est très prisé par les parents qui instruisent en famille.

Revenons un peu sur cette méthode éducative et surtout sur celle qui l’a élaborée.

La vie de Maria Montessori

Les études

Maria Montessori est née en 1870 en Italie. C’est la fille unique d’une famille bourgeoise. Le père est militaire, il entrevoit une carrière d’enseignante pour sa fille. Cependant, Maria préférere embrasser la médecine. Malgré l’époque, elle sera la première femme médecin psychiatre d’Italie. Elle s’intéresse très rapidement aux enfants que l’on dit attardés. C’est d’ailleurs le thème de sa thèse de doctorat.

Grâce à ses observations scientifiques, elle comprend que ces enfants ont plus à gagner grâce à une aide éducative que médicale. C’est là qu’elle commence à développer quelques une de ses premières méthodes. Ainsi, ces enfants longtemps considérés comme incapables d’apprendre quoi que ce soit, apprennent à lire et et même réussissent à rattraper le niveau des écoliers de l’époque.

C’est ainsi qu’à 25 ans, son expertise dans les maladies mentales infantiles est reconnue.

La genèse de la pédagogie Montessori

Alors qu’elle était professeur d’anthropologie pédagogique à l’université de Rome, on lui propose un projet concernant l’un des quartiers les plus pauvres de la capitale.

En effet, beaucoup d’enfants traînent dans les rues et cela crée du désordre. En 1907, s’ouvre la casa dei bambini c’est-à-dire « la maison des enfants ». Elle accueille des enfants d’intelligence normale mais qui sont rebelles. C’est là que Maria Montessori élabore le matériel spécifique et les aménagements qu’on lui connaît.

La méthode Montessori s’exporte

En 1909, elle publie le premier ouvrage de sa pédagogie scientifique. Cela fait des émules dans le monde entier notamment en Europe, en Inde et aux États-Unis. Il s’ouvre des écoles dès 1911. . L’année suivante, Maria démissionne de son poste universitaire, ferme son cabinet de médecin et se consacre à la formation d’éducateurs ainsi qu’à la promotion de sa méthode dans le monde entier.

Elle écrit de nombreux livres afin d’ expliquer toute sa philosophie est afin que sa méthode soit respectée à la lettre. Elle fera ainsi plusieurs fois le tour du monde et dans la création d’école formant des éducateurs faisant des conférences. Fuyant le fascisme de Mussolini,  Elle vivra la période de la Seconde Guerre Mondiale en Inde, où elle écrira un de ses livres les plus connus, L’esprit absorbant de l’enfant et commencera à s’intéresser aux très jeunes enfants. Peu de temps avant son décès en 1952, à l’âge de 81 ans, elle retourne en Europe et s’installe aux Pays-Bas. 

L’héritage Montessori

L’héritage de Maria Montessori est assez important. C’est l’Association Montessori Internationale (AMI) qu’elle a créée en 1929 et puis reprise par son fils et ses petites filles qui assure le respect de sa philosophie. Maria Montessori voulait vraiment que l’éducation soit une éducation à la paix. Elle a d’ailleurs été nominée deux fois pour le prix Nobel de la paix.

Qu’est-ce que la pédagogie Montessori ?

Photograph: Popperfoto/Getty Image

Malheureusement beaucoup la réduisent à du matériel. Mais c’est plus que ça.

L’esprit absorbant

Maria Montessori repose beaucoup son argumentaire sur ce qu’elle a appelé l’esprit absorbant de l’enfant et les périodes sensibles de ce dernier. C’est assez difficile de résumer dans un article toutes les subtilités de cette pédagogie scientifique. Si vraiment vous êtes très intéressés, je vous invite fortement à lire les ouvrages de Maria Montessori, même si le style est un peu vieillot est très emprunt de religion car Maria Montessori était très pratiquante.

Donc avant de passer à vraiment ce qui est le plus connu, penchons-nous sur ce que Maria Montessori a extrait de son analyse du développement de l’enfant. Ce qu’elle appelle l’esprit absorbant. Pour elle, l’enfant n’a pas besoin de leçons, ni de cours pour apprendre à parler. Ça veut dire qu’il écoute, qu’il absorbe tout seul en s’imprégnant de ce qui se passe autour de lui, de l’adulte qui parle, des autres enfants qui parlent. Il absorbe tout de manière inconsciente, et finalement quand il se sent prêt, il montre ses capacités. D’abord mécanisme inconscient, cela devient de plus en plus conscient.

Les périodes sensibles

Dès la naissance jusqu’à à peu près deux ans, c’est la période sensible du mouvement. L’enfant a besoin de bouger, d’expérimenter avec son corps tout entier.

Entre un et trois ans, c’est la période sensible de l’ordre. L’enfant aime beaucoup ranger et on aidera en aménageant un environnement où chaque chose a une place afin que l’enfant puisse structurer cette période de l’ordre.

Entre deux et quatre ans, c’est la période sensible du langage. Après avoir beaucoup écouté et absorbé ce qu’il a entendu autour de lui, l’enfant commence à parler. C’est l’explosion du langage : il répète, il discute.

Le développement des sens intervient entre deux et six ans l’enfant va affiner ses perceptions : le chaud, le froid, les différentes sensations du toucher, le goût, l’ouïe.

Vient alors, en même temps, la période sensible la coordination des gestes, entre trois et quatre ans, où les premiers gestes graphiques et précis commencent à apparaître. L’enfant va dessiner il va vraiment devenir minutieux dans ses mouvements, avec des constructions,, des puzzles.

Enfin, dernière période sensible, entre quatre et huit ans, c’est la lecture.

Donc, contrairement à ce que on pense souvent le déroulé de l’apprentissage de l’enfant ne se fait pas de manière linéaire, on a un chevauchement des périodes sensibles. Même si l’enfant ne va pas forcément développer les deux périodes sensibles en même temps, elles vont se trouver dans ces âges-là, avec une prégnance plus ou moins forte pour une certaine période sensible avant de passer à une suivante ou revenir à la précédente. C’est assez complexe. 

L’ambiance

Au-delà du matériel, la pédagogie Montessori repose sur l’environnement où évolue l’enfant. C’est ce qu’on appelle l’ambiance, une atmosphère d’ordre et de calme. Deux éléments nécessaires pour le développement des enfants.

Mais qu’est-ce qu’un environnement Montessori ?

D’abord rien n’est laissé au hasard. Il faut viser au maximum l’autonomie des enfants. Tout ce qui pourrait être un obstacle à la réalisation de leur activité est éliminé.

La pièce ou l’endroit qui sert aux activités pratiques est en ordre, accessible claire et propre. Pas de couleur criarde ou de décoration. On pourra y mettre quelques plantes dont les enfants s’occuperont. Les meubles et les étagères sont adaptés à la taille des enfants. Chaque objet à une place.

Ainsi, les enfants peuvent se servir seul du matériel, un matériel en bon état, complet et beau. On chassera le plastique, car, pour Montessori, l’enfant doit être capable de comprendre que, si un objet tombe, il se casse. Il corrigera ainsi ses capacités motrices pour devenir maître de ses mouvements et ne pas casser ou renverser les choses. Le matériel est donc adapté aux petites mains des enfants. De même, les vêtements seront pratiques, il n’entraveront pas les mouvements de l’enfant.  Il peut déplacer de matériel et s’installer pour travailler où il veut. Un petit tapis pourra servir de zone de travail au sol. On mettra quand même l’accent sur le rangement.

La posture de l’adulte

« Apprends-moi à faire seul. » est une phrase qui peut largement résumer la philosophie Montessori. L’adulte ne donne généralement pas de consignes, il est silencieux et observateur. Seul les moments de démonstration le mettront dans une position d’enseignement. Il accompagne, il repère le meilleur moment où l’enfant va pouvoir acquérir de nouvelles compétences ou est dans une nouvelle période sensible. Il n’expose pas son savoir à l’enfant qui écoute sans rien faire ni intervenir. L’importance ici, c’est l’auto éducation. C’est assez délicat à réussir car cela nécessite une remise en question de sa conception du rôle de l’adulte.

Le matériel

Et donc, enfin, nous en venons au matériel. Un matériel très varié et nombreux. Montessori postule que les mains sont l’intelligence du corps. L’apprentissage se fait en manipulant. Que ce soit en français, en mathématiques, en sciences ou tout autre matière. D’abord, l’enfant doit manipuler avant de passer à l’abstrait.

Petit, il manipulera tout ce qu’il trouve dans la nature, il passe d’un objet un autre. Petit à petit, il se tournera vers le matériel mis à sa disposition pour d’autres apprentissages un peu plus abstrait. Le toucher, l’ouïe, l’odorat… pour apprivoiser les sens, il y a du matériel. L’enfant doit avoir le droit de répéter et répéter, encore et encore, ses manipulations jusqu’à ce qu’il réussisse. C’est grâce à cela que ses gestes sont précis et exacts.

Avant de commencer les apprentissages plus scolaires, il existe tout un domaine très important en pédagogie Montessori : la vie pratique. Ce domaine comprend tout ce qui est entretien, soin de soi, de l’environnement et du matériel. Laver, ranger, s’habiller, se coiffer, nettoyer… Les objets évidemment mis à sa disposition pour ce faire seront adaptés à ses mains de petite taille. On évitera aussi tous les objets factices pour équiper l’enfant en objets véritables, de vrais ciseaux, une vraie éponge, de la vaisselle qui casse…

Pour les apprentissages plus abstraits, on isole les caractéristiques. Le matériel est très simple, ce qui permet d’isoler chaque difficulté. On respecte ainsi le lent développement de l’enfant, on ne cherche pas aller plus vite que la musique. Il faut que l’enfant puisse observer, associer les idées avec ce qu’il connaît déjà. Ainsi, le matériel Montessori a plusieurs qualités. Une caractéristique à la fois, une seule variable change. C’est pour ça que ça permet l’autocorrection de l’enfant. De plus, il est beau et solide.

L’autonomie

L’autonomie, l’indépendance, tout cela est le but de la pédagogie Montessori. Les activités doivent être passionnantes, l’enfant doit être absorbé dans sa tâche. Il doit être aussi libre, ce qui génère une sorte d’autodiscipline. Apprendre devient une source de joie, car aucun obstacle ne se dresse sur le chemin de l’enfant. Son attention se pose sur ce qui correspond à ses goûts, ce qui fait que cela lui permet d’aller en profondeur. Et une fois qu’il aura maîtrisé ces choses là il pourra être curieux envers d’autres. La persévérance est la clé de la réussite. Mais cela n’est valable que s’il y a un processus exact à suivre. Il doit connaître comment la tâche se déroule pour pouvoir la réaliser autant de fois qu’il le désire sans avoir besoin de l’adulte.

Au début, ça peut être difficile, si un enfant n’a pas été habitué à cette liberté. Mais petit à petit, il finit par sélectionner ce qui l’intéresse, et à s’autodiscipliner. Il devient plus autonome dans ce cadre libre.

L’adulte sera donc quelqu’un qui accompagne, qui présentera le matériel au bon moment parce qu’il a observé l’enfant, il ne l’ interrompt pas dans ses explorations, il le laisse agir par lui-même, penser par lui-même. Il doit le laisser surmonter seuls ses difficultés. Et il ne félicitera, ni ne corrigera les erreurs. Il se réjouit avec l’enfant de son succès. 

Pour conclure

Maria Montessori apprenant à écrire à un jeune garçon, vers 1907. ULLSTEIN BILD / ROGER-VIOLLET

En résumé, la pédagogie Montessori est quand même quelque chose d’assez complexe. On oublie aussi souvent que c’est une pédagogie qui est adaptée à un groupe d’enfants. L’enfant va beaucoup apprendre de ses pairs. Cependant, elle est beaucoup pratiquée par des familles qui instruisent à la maison. Effectivement, c’est une pédagogique rigoureuse, scientifique, qui est fait vraiment sens pour l’enfant.

Mais il y a quand même des écueils dans lesquels il ne faut pas tomber. À savoir, privilégier le matériel plutôt que la philosophie. Montessori. C’est exigeant.

Cette pédagogie paraît simple car elle est très balisée par le matériel et il existe pléthore d’ouvrages sur le sujet. Cependant, elle peut mettre en difficulté. Déjà d’un point de vue financier, parce que le matériel est quand même assez conséquent, ce qui représente une somme d’argent non négligeable, si on veut tout acquérir. C’est difficile aussi, parce que la posture de l’adulte doit être à contre-courant de ce qu’on a souvent tendance à croire, c’est-à-dire que l’adulte sait mieux que l’enfant.

Après, rien empêche de s’inspirer de Montessori sans suivre tout à la lettre. Après tout, adapter le mobilier pour l’enfant est simple, l’encourager dans l’autonomie aussi. Pour les apprentissages de la vie pratique, il est assez facile de le faire avec ce qu’on a à la maison.

Le reste du matériel pour les apprentissages beaucoup plus scolaires est de plus en plus simple à trouver de nos jours, car Montessori est un peu devenu un business juteux.

Après, si plusieurs familles autour de vous sont intéressées par cette pédagogie, pourquoi pas ne pas mutualiser le matériel, acheter d’occasion etc. etc.

On peut voir, ça et là, des parents qui, dès que l’enfant trois ou quatre ans, enseignent déjà à leurs enfants la lecture avec le matériel Montessori. Cela donne l’impression que c’est le sacré Graal pour réussir à apprendre à lire le plus tôt possible. Si on lit les ouvrages de la pédagogue italienne, ce n’est pas ce qu’elle préconise. Ce qu’on comprend, c’est que les enfants arrivent à lire au moment où ils se sentent capables et prêts. Cela peut-être quatre ans, cela peut-être un peu plus tard.

On associe à Montessori une idée d’excellence. Mais je pense que c’est surtout parce que c’est très rigoureux ,et que quand on l’applique vraiment, oui, on peut obtenir de très bons résultats très rapidement. Mais il ne faut pas que ce soit une course au matériel, à la performance. Sinon, on oublie l’essence même de ce que Maria Montessori a voulu mettre en place, qui est une éducation pour les enfants et une éducation pour la paix. 

Pour aller plus loin

Quelques ouvrages de Maria Montessori

L’enfant. Un ouvrage pilier de la philosophie Montessori.

L’esprit absorbant de l’enfant. Plus technique, il expose toute la théorie de Maria Montessori sur le fonctionnement de l’apprentissage chez l’enfant.

La pédagogie scientifique. Ouvrage en trois tomes, plutôt technique, qui expose tout son matériel.

Le manuel pratique de la Méthode Montessori. Plus simple à lire que le précédent. Maria l’a écrit à destination des familles. Elle y résume de manière pratico-pratique sa pédagogie. Très utile pour mettre en place à la maison.

Sites internet et blogs

L’école des Amours. Une famille québéquoise qui instruit en famille avec Montessori.

Montessori, mais pas que ! Blog d’une maman française instruisant ses trois enfants avec Montessori.

Ecole et cabrioles. Blog français qui n’est plus mis à jour, mais qui est très riche en informations et matériel à imprimer.

How we Montessori. Blog d’une maman australienne qui applique Montessori au quotidien. Ses enfants sont en école Montessori.

Instruire sans cours par correspondance

Instruire en famille n’oblige pas à faire appel à des cours par correspondance. Il est possible de faire sans. Les possibilités sont multiples. Cet article va tenter de faire un peu le tour de ce qui est possible.

Instruction formelle

C’est ce qui va se rapprocher le plus de des cours par correspondance. La différence est que la préparation, la correction et le suivi repose intégralement sur les épaules de l’instructeur : parent ou personne désignée pour cette tâche.

Là, il va falloir éplucher les programmes, se donner des objectifs. On va pouvoir s’appuyer sur des manuels, des sites d’enseignants ou d’autres parents instructeurs qui partagent leurs ressources. La variété des supports peut effrayer.

Chez les parents qui choisissent d’instruire de façon formelle, on retrouve une organisation assez structurée, avec souvent une programmation annuelle, des objectifs temporels, un emploi du temps. Le découpage des apprentissages est semblable à l’école, que ce soit en termes d’objectifs qu’en terme d’organisation temporelle des journées : on va retrouver un temps pour les mathématiques, un temps pour le français, etc.

Évidemment, on va avoir aussi quelques petites variations, certains vont s’appuyer sur les manuels uniquement, d’autres vont suivre une pédagogie particulière, comme celle de Maria Montessori,dont je parlerai dans un prochain article, d’autres encore vont aller sur une approche plus ludique. Le point commun étant que les apprentissages sont globalement menés par l’adulte en suivant une programmation.

L’instruction formelle demande un certain investissement de la part du parent instructeur et beaucoup de travail en amont. Sélectionner les manuels, adapter la programmation à ses enfants… Si on veut suivre une pédagogie particulière, il va falloir se renseigner sur cette dernière, acquérir et mettre en place le matériel nécessaire, adapter les apprentissages aux exigences du programme français ou du pays selon le curriculum choisi.

Apprentissages informels

On les oppose souvent au apprentissages formels, mais cela peut être un complément comme une manière d’enseigner à part entière.

Concrètement, les apprentissages informels peuvent prendre différentes formes. On peut avoir une approche en pédagogie de projet : fabriquer une mangeoire à oiseau permet de découvrir des notions de géométrie et de technologie. Une visite au musée donnera lieu à faire du français grâce à la rédaction d’un compte-rendu de la visite. Selon le type de musée, on abordera telle ou telle matière. Prendre des photos permet de valider des acquis en technologie. Si le compte-rendu est tapé à l’ordinateur, on valide d’autres acquis en Techniques de l’Information et de la Communication. Faire un gâteau va permettre des apprentissages en mathématiques, dont on peut garder une trace quelque part.

En résumé, on part de ce que l’enfant vit, de ce qui l’intéresse et on y greffe des notions des programmes tout en gardant une trace des projets et réalisations. Pas d’exercices dans un manuel, mais des livrets réalisés par l’enfant ou l’adulte, ou des photos qui servent à valider les acquis.

Les apprentissages autonomes ou unschooling

Le Unschooling est un terme anglais qu’on oppose souvent au Homeschooling. On peut traduire cela par « apprentissages autonomes ». Pas d’imposition par l’adulte, pas de récupération pédagogique des projets de l’enfant. Ce dernier est libre d’apprendre et il le fait par lui-même. C’est une extension des apprentissages premiers de l’enfant où on considère que, comme l’enfant a appris à parler sans qu’on lui fasse de cours, il peut très bien apprendre à écrire et à lire de la même façon et aussi apprendre tout court sans recevoir aucun cours qu’il soit formel ou informel. 

On retrouve une explication très complète de cette façon d’apprendre chez John Holt dans son ouvrage Les apprentissages autonomes.

Un article complet sur l’unschooling sera publié bientôt, parce que c’est vraiment une façon de vivre à part entière, qui est souvent assez peu comprise et difficile à appréhender. Je vais me contenter d’en brosser rapidement les lignes ici. Pour résumer grossièrement, c’est vivre et laisser vivre, mais sans laisser l’enfant livré à lui-même, il s’agira aussi toujours d’accompagner l’enfant dans ses apprentissages, même s’ils ne portent pas forcément ce nom là, car il n’y a aucune formalisation ni aucune récupération informelle. Ce n’est pas non plus complètement une liberté sauvage. Comme le disait Alexander S. Neill : la liberté, pas la permissivité. C’est assez complexe.

 Pour aller plus loin :

Une petite bibliographie :

Sur l’instruction en famille, des pistes pour se lancer :

Sur les apprentissages autonomes :

Choisir un cours par correspondance

Parmi les options possibles pour instruire en famille, il y a celle des cours par correspondance, qu’on appelle dans le jargon des CPC.

Avantages des CPC

Les cours par correspondance (CPC), ça permet déjà de ne pas se prendre la tête quand à la programmation des matières. C’est du clé en main, on reçoit ses petits cours correspondant à l’année souscrite et c’est parti pour travailler dans la joie et la bonne humeur. Pas de stress donc quand à l’adéquation entre ce que vous faites et les programmes de l’Éducation Nationale.

Évidemment, il y a le suivi derrière. La plupart des CPC proposent la mise en relation avec un enseignant qui vous aidera face aux difficultés potentielles de vos enfants. Il y a aussi la correction des devoirs. C’est un service fait par des professionnels, ce qui peut soulager pas mal si on ne sent pas l’étoffe d’un prof.

Choisir un CPC, c’est être rassuré sur la teneur des cours et le suivi. Un gros poids de moins à gérer.

Inconvénients des CPC

Tout n’est pas idéal quand on choisit les cours par correspondance. Déjà, c’est une solution qui peut être coûteuse, très coûteuse. Il faut assurer le budget : Une année de cours primaire Hattemer coûte entre 1300 et 1500 €, chez Saint-Anne, le cours de CP coûte 800€ et celui de CM2 1200€, les cours Griffon 600€ pour une année de primaire…

Et qui dit tarifs différents, dit qualité de cours variable ou suivis différents. Certains cours vont se contenter de vous envoyer les cours et de corriger les devoirs sans un réel suivi, d’autres vont faire dans le sur-mesure avec professeur dédié qui peut suivre l’enfant, voire la famille sur plusieurs années.

Il y a également la pression des devoirs à rendre. Selon le CPC, la date de rendu sera plus ou moins souple. Et le rendu des devoirs corrigés sera plus ou moins long. Le nombre de devoirs à rendre varie selon le CPC, certains en demanderont 16 par an, d’autres 9…

Les supports aussi peuvent être peu attractifs. Le CNED a longtemps été critiqué pour ses cours denses et peu attrayants. Vous n’avez pas le choix du support, mais cela n’empêche pas d’agrémenter ou de compléter.

Certains trouveront que ces inconvénients n’en sont pas vraiment, compte tenu du fait que ce soit une formule payante, mais je pense que c’est quelque chose à prendre en compte quand on envisage de souscrire à ce type de service.

Quels cours par correspondance existe-t-il ?

Des CPC, il y en a à la pelle. Et ça peut vite devenir étourdissant quand on cherche LE cours idéal. Voici une petite liste (non exhaustive) des CPC qui sont trouvables. Attention, je vais parler des CPC qui donnent des cours collant aux programmes de l’éducation nationale française, ou en tout cas qui sont francophones. Je sais que beaucoup de parents font l’enseignement dans la langue maternelle et suivent le curriculum français en vue d’un retour au pays.

Cette liste n’est pas exhaustive et les commentaires écrits sont une compilation d’informations que j’ai trouvées sur Internet.

Centre National d’Enseignement à Distance

Le CNED est le premier organisme qui est cité quand on parle de cours par correspondance.

C’est aussi le plus décrié. Les cours sont opaques, pas actualisés, peu attractifs, le suivi est variable… Cependant, il semblerait que ces dernières années voient un renouveau dans cette institution un peu poussiéreuse.

Hattemer Academy

Les cours Hattemer sont très chers.

Ce sont aussi les plus rigoureux. Le niveau est élevé, on peut estimer une avance d’un ou deux ans par rapport aux programmes français. Les cours sont assez austères d’après certains témoignages. Les notions sont abordées très progressivement avec une méthode répétitive. On reproche à ces cours de n’être qu’une succession de devoirs à rendre. Le rythme est en effet très soutenu.

Les enseignants sont très réactifs et à l’écoute.

Un avis sur les cours Hattemer (niveau 6ème) ici.

Saint-Anne

Les cours ne vont que jusqu’à la 5ème. Il y a un correcteur dédié pour l’enfant sauf en 5ème où on retrouve le système « un enseignant, une matière ». Ce sont des cours que certains qualifient de « vieille école ». Il y a également un enseignement religieux.

Le niveau est élevé et les enseignants sont exigeants. Le rythme est soutenu, un devoir à rendre par semaine. Les cours sont très répétitifs, il peut y avoir une saturation si on fait plusieurs années chez eux.

Les cours Saint-Anne proposent un parcours complet, partiel et une remise à niveau. Les fascicules sont envoyés par la poste, il y a aussi des documents numériques. L’enfant doit maîtriser le français.

Lire un comparatif entre Ker Lann et Saint-Anne.

Cours Pi

Les cours Pi sont appréciés pour leurs supports colorés. L’équipe enseignante est à l’écoute et est assez réactive. Ils appellent parfois longuement pour faire le point, encourager l’enfant.

Ils possèdent un enseignant spécialisé pour enfants en difficultés ou avec handicap. Ainsi, il y a des aménagements possibles pour les enfants à besoins particuliers.

Certains reprochent le manque d’approfondissement de nombreuses notions et la répétitivité de certaines leçons.

Il n’y a pas d’exigence pour le rendu des devoirs. Un enfant peut très bien dépasser l’année pour finir le niveau, cela ne pose pas problème.

Sacré Coeur

Les leçons sont assez sèches. Il y a énormément de par coeur. Certains disent que le français est une suite d’exercices et les maths assez légers. Il y a beaucoup d’autocorrections.

Les évaluations sont faites par Skype, elles sont assez courtes.

Ils ont une vision catholique de l’enseignement, ce qui fait qu’ils n’enseignent pas la théorie de l’évolution au lycée, par exemple, ou qu’en CP, ils étudient les rois de France très en détail.

Le suivi se fait par le biais d’un logiciel. Il est possible de rapidement développer l’autonomie des enfants dans la gestion de leur travail.

Ker Lann

Ker Lann est une petite structure. Leurs cours sont assez classiques avec des leçons à recopier et du par coeur. Il semble y avoir beaucoup de choses à imprimer.

Le rythme est hebdomadaire avec des devoirs à rendre chaque semaine. La correction, par contre, dépend de la vitesse du correcteur. Par contre les devoirs pour valider l’année ne sont qu’au nombre de 8.

Les avis sont très partagés sur Ker Lann, les cours auraient de nombreuses erreurs qui ne sont pas toujours corrigées.

Ceux qui apprécient Ker Lann aiment la modularité. On peut aller au rythme de l’enfant très facilement, les enseignants adaptent en fonction.

Lire un avis sur ces cours.

Cours Griffon

Cours de soutien en ligne à la base, les cours Griffon ont ouvert il y a peu les cours par correspondance niveau primaire.

Il semblerait y avoir beaucoup d’écrit et de par coeur en français et matières de découverte du monde. Les mathématiques ont l’air d’être plus légers.

Cours Académiques de France

Les avis sont partagés sur ce cours. Certains sont très satisfaits, les cours s’adressent à l’enfant, le niveau est correct. D’autres trouvent au contraire que le niveau baisse d’année en année. Il y a 18 séquences par matières. Le volume de devoirs à rendre est d’une dizaine.

Cours Legendre

Ce n’est pas un cours très plébiscité. Apparemment, le rendu des devoirs est long. Certains reprochent le côté rébarbatif des cours. Le niveau est au-dessus de celui de l’Éducation Nationale.

CEFOP

Il s’agit d’un cours catholique. Il y a une trame à suivre, c’est très cadré. Les matières sont imposées chaque jour, le calendrier est assez intense.

Vous pouvez retrouver un descriptif complet de ces cours ici :

Je pense avoir fait le tout des principaux cours par correspondance français. Si jamais vous en connaissez d’autres, n’hésitez pas à le signaler qu’ils soient ajoutés !

Lettonie

Dans la constitution lettonne, il est écrit que : « l’éducation de base est obligatoire. » (Art. 8, § 112) Elle commence à l’âge de 5 ans avec l’âge pré-scolaire.

Cependant, dans la loi de l’éducation de 2004, corrigée en 2018, à l’article 8, l’instruction en famille est donnée comme forme d’instruction autorisée.

Pour les enfants âgés de 5 ans, qui commencent le cycle préscolaire, les parents suivent des conseils et une assistance méthodologique prodigués par une institution qui doit être reconnue par les autorités. Les parents délivrent eux-mêmes l’enseignement, mais ne sont pas obligés de suivre un programme particulier, celui-ci dépend de l’institution à laquelle les parents font référence pour l’instruction.

Pour les enfants âgés de 7 ans et plus, la loi indique que l’enseignement doit être dispensé par des cours à distance qui respectent les critères du ministère de l’Education Nationale. Le curriculum est évalué par des examens. L’enfant doit être inscrit dans une école de référence (privée ou publique) et devra cependant s’y rendre quelques fois par an . Les écoles qui acceptent ce rôle sont cependant peu nombreuses.

Les parents ont donc le devoir d’apporter tout ce qui permet l’instruction de leurs enfants. Ils doivent coopérer avec les institutions et les éducateurs.

On dénombre environ une centaine de familles instruisant en famille en Lettonie.

Liste des ressources lettonnes.

Associations, groupes locaux et ressources lettons

Associations

Une association active dans l’IEF : http://www.gimenuskoluapvieniba.lv/, sa page Facebook et son groupe Facebook.

Blogs

Une famille de 4 enfants instruits à la maison : https://majmacibas.blogspot.com/

Une famille qui suit la pédagogie Montessori : https://mammassmaids.net

Koweït

On ne trouve pas de mention de l’IEF dans la loi éducative du Koweït. L’article 40 de la constitution de 1942 parle d’éducation obligatoire entre 6 et 14 ans.

La loi de 1965 parle d’un devoir de l’Etat de prodiguer tout ce qui est nécessaire à cette éducation gratuitement (Art. 1).

Il est difficile de se faire une idée de l’activité de familles instruisant en famille dans ce pays. Il y a une association, Kowait Homeschool Ligue, mais elle n’est plus active depuis 2014.

Source : UNESCO-IBE.

Kosovo

L’instruction obligatoire couvre les âges de 6 à 15 ans.

La loi reste assez floue. Elle autorise de ne pas scolariser les enfants dans le système public. L’instruction en famille n’est pas nommée. Il est sous-entendu qu’elle puisse être une option d’instruction. La loi de 2011 stipule que si un enfant ne semble pas être instruit (quelque soit le mode d’instruction choisi) en suivant les standards du curriculum alors les parents peuvent être obligés de satisfaire les autorités locales. On peut donc comprendre par cette formulation, que oui, on peut instruire en famille mais que cela est soumis à un contrôle et à un respect des programmes scolaires.

Plus loin dans la loi, on peut trouver un passage disant que si les parents prouvent que l’enfant est instruit, que ce soit par une école privée ou autre (et c’est ce terme autre qui sous-entend que l’IEF est possible), il faut quand même que les autorités locales approuvent l’option choisie.

Ainsi, si vous choisissez d’instruire en famille, il faudra en référer aux autorités de votre lieu de résidence.

Kenya

L’éducation primaire et secondaire est obligatoire et commence à 5 ans.

L’Instruction en Famille n’est pas nommée dans la loi éducative. Les familles qui la pratiquent malgré tout cherchent à la faire reconnaître et la rendre légale. Leur argument principal est que le nombre d’écoles secondaires est insuffisant.

Cependant, en août 2019, une famille a été arrêtée au motif que les enfants n’étaient pas scolarisés. (article en anglais)

L’IEF est donc illégale dans ce pays.

Cameroun

Il est important de noter que le Cameroun est séparé en deux systèmes éducatifs : le modèle français à l’est et le modèle britannique à l’ouest.

La loi sur l’éducation date de 1998. Dans cette loi, il y est dit que l’enseignement est obligatoire et que « L’État assure à l’enfant le droit à l’éducation ». (Article 6).
De ce fait, on pourrait penser que l’Instruction en Famille y est donc interdite.

Cependant, si on regarde l’article 23, on peut y lire : « (1) L’enseignement est dispensé dans les établissements scolaires ci-après : les écoles maternelles; les écoles primaires; les collèges et les lycées d’enseignement général; les collèges et les lycées d’enseignement technique ou professionnel; les écoles post-primaires; les écoles normales d’instituteurs de l’enseignement général et technique.(2) Il peut également être assuré par un système d’enseignement à distance. »

Cette dernière phrase est intéressante, car elle peut signifier que l’IEF est autorisée sous condition de prendre des cours par correspondance.

Cependant, malgré la loi, tous les enfants du Cameroun ne sont pas scolarisés. En 2011, seuls 64% des enfants étaient scolarisés (source UNDP). Aller à l’école coûte très cher (même s’il ne faut payer que l’uniforme et les livres), ce qui fait que la plupart des familles n’ont pas les moyens. Les filles sont largement moins scolarisées que les garçons.

De ce fait, malgré la loi, l’Instruction en Famille peut être pratiquée de manière libre sans inquiétude.

La loi est consultable sur le site de l’UNESCO.

Algérie

Dans la loi sur l’éducation de 2008, il est dit que « l’enseignement est obligatoire pour les garçons et les filles de 6 à 16 ans » (Art.12).

Les modalités d’enseignement sont soit l’école publique ou l’école privée. La possibilité de l’Instruction en famille n’est mentionnée nulle part.

Cependant, toujours dans l’article 12, il est précisé que  » L’Etat veille, en collaboration avec les parents, à l’application de ces dispositions.Les manquements des parents ou des tuteurs légaux les exposent à une amende allant de cinq mille (5.000) à cinquante mille (50.000) dinars algériens. »

Ce qui laisse à penser que l’IEF serait illégale.

Cependant, il semblerait, d’après des témoignages que des familles passeraient outre la loi sans être inquiétées.

Vous pouvez lire la loi de l’éducation 2008 sur le site de l’UNESCO.