La pédagogie Montessori

Par Inconnu — Nationaal Archief, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=46670977

Maria Montessori.

Un nom qui revient souvent quand on s’intéresse un petit peu à la pédagogie et à l’instruction en famille.

Montessori, on pense souvent au matériel, mais c’est aussi une philosophie.

Montessori, c’est très prisé par les parents qui instruisent en famille.

Revenons un peu sur cette méthode éducative et surtout sur celle qui l’a élaborée.

La vie de Maria Montessori

Les études

Maria Montessori est née en 1870 en Italie. C’est la fille unique d’une famille bourgeoise. Le père est militaire, il entrevoit une carrière d’enseignante pour sa fille. Cependant, Maria préférere embrasser la médecine. Malgré l’époque, elle sera la première femme médecin psychiatre d’Italie. Elle s’intéresse très rapidement aux enfants que l’on dit attardés. C’est d’ailleurs le thème de sa thèse de doctorat.

Grâce à ses observations scientifiques, elle comprend que ces enfants ont plus à gagner grâce à une aide éducative que médicale. C’est là qu’elle commence à développer quelques une de ses premières méthodes. Ainsi, ces enfants longtemps considérés comme incapables d’apprendre quoi que ce soit, apprennent à lire et et même réussissent à rattraper le niveau des écoliers de l’époque.

C’est ainsi qu’à 25 ans, son expertise dans les maladies mentales infantiles est reconnue.

La genèse de la pédagogie Montessori

Alors qu’elle était professeur d’anthropologie pédagogique à l’université de Rome, on lui propose un projet concernant l’un des quartiers les plus pauvres de la capitale.

En effet, beaucoup d’enfants traînent dans les rues et cela crée du désordre. En 1907, s’ouvre la casa dei bambini c’est-à-dire « la maison des enfants ». Elle accueille des enfants d’intelligence normale mais qui sont rebelles. C’est là que Maria Montessori élabore le matériel spécifique et les aménagements qu’on lui connaît.

La méthode Montessori s’exporte

En 1909, elle publie le premier ouvrage de sa pédagogie scientifique. Cela fait des émules dans le monde entier notamment en Europe, en Inde et aux États-Unis. Il s’ouvre des écoles dès 1911. . L’année suivante, Maria démissionne de son poste universitaire, ferme son cabinet de médecin et se consacre à la formation d’éducateurs ainsi qu’à la promotion de sa méthode dans le monde entier.

Elle écrit de nombreux livres afin d’ expliquer toute sa philosophie est afin que sa méthode soit respectée à la lettre. Elle fera ainsi plusieurs fois le tour du monde et dans la création d’école formant des éducateurs faisant des conférences. Fuyant le fascisme de Mussolini,  Elle vivra la période de la Seconde Guerre Mondiale en Inde, où elle écrira un de ses livres les plus connus, L’esprit absorbant de l’enfant et commencera à s’intéresser aux très jeunes enfants. Peu de temps avant son décès en 1952, à l’âge de 81 ans, elle retourne en Europe et s’installe aux Pays-Bas. 

L’héritage Montessori

L’héritage de Maria Montessori est assez important. C’est l’Association Montessori Internationale (AMI) qu’elle a créée en 1929 et puis reprise par son fils et ses petites filles qui assure le respect de sa philosophie. Maria Montessori voulait vraiment que l’éducation soit une éducation à la paix. Elle a d’ailleurs été nominée deux fois pour le prix Nobel de la paix.

Qu’est-ce que la pédagogie Montessori ?

Photograph: Popperfoto/Getty Image

Malheureusement beaucoup la réduisent à du matériel. Mais c’est plus que ça.

L’esprit absorbant

Maria Montessori repose beaucoup son argumentaire sur ce qu’elle a appelé l’esprit absorbant de l’enfant et les périodes sensibles de ce dernier. C’est assez difficile de résumer dans un article toutes les subtilités de cette pédagogie scientifique. Si vraiment vous êtes très intéressés, je vous invite fortement à lire les ouvrages de Maria Montessori, même si le style est un peu vieillot est très emprunt de religion car Maria Montessori était très pratiquante.

Donc avant de passer à vraiment ce qui est le plus connu, penchons-nous sur ce que Maria Montessori a extrait de son analyse du développement de l’enfant. Ce qu’elle appelle l’esprit absorbant. Pour elle, l’enfant n’a pas besoin de leçons, ni de cours pour apprendre à parler. Ça veut dire qu’il écoute, qu’il absorbe tout seul en s’imprégnant de ce qui se passe autour de lui, de l’adulte qui parle, des autres enfants qui parlent. Il absorbe tout de manière inconsciente, et finalement quand il se sent prêt, il montre ses capacités. D’abord mécanisme inconscient, cela devient de plus en plus conscient.

Les périodes sensibles

Dès la naissance jusqu’à à peu près deux ans, c’est la période sensible du mouvement. L’enfant a besoin de bouger, d’expérimenter avec son corps tout entier.

Entre un et trois ans, c’est la période sensible de l’ordre. L’enfant aime beaucoup ranger et on aidera en aménageant un environnement où chaque chose a une place afin que l’enfant puisse structurer cette période de l’ordre.

Entre deux et quatre ans, c’est la période sensible du langage. Après avoir beaucoup écouté et absorbé ce qu’il a entendu autour de lui, l’enfant commence à parler. C’est l’explosion du langage : il répète, il discute.

Le développement des sens intervient entre deux et six ans l’enfant va affiner ses perceptions : le chaud, le froid, les différentes sensations du toucher, le goût, l’ouïe.

Vient alors, en même temps, la période sensible la coordination des gestes, entre trois et quatre ans, où les premiers gestes graphiques et précis commencent à apparaître. L’enfant va dessiner il va vraiment devenir minutieux dans ses mouvements, avec des constructions,, des puzzles.

Enfin, dernière période sensible, entre quatre et huit ans, c’est la lecture.

Donc, contrairement à ce que on pense souvent le déroulé de l’apprentissage de l’enfant ne se fait pas de manière linéaire, on a un chevauchement des périodes sensibles. Même si l’enfant ne va pas forcément développer les deux périodes sensibles en même temps, elles vont se trouver dans ces âges-là, avec une prégnance plus ou moins forte pour une certaine période sensible avant de passer à une suivante ou revenir à la précédente. C’est assez complexe. 

L’ambiance

Au-delà du matériel, la pédagogie Montessori repose sur l’environnement où évolue l’enfant. C’est ce qu’on appelle l’ambiance, une atmosphère d’ordre et de calme. Deux éléments nécessaires pour le développement des enfants.

Mais qu’est-ce qu’un environnement Montessori ?

D’abord rien n’est laissé au hasard. Il faut viser au maximum l’autonomie des enfants. Tout ce qui pourrait être un obstacle à la réalisation de leur activité est éliminé.

La pièce ou l’endroit qui sert aux activités pratiques est en ordre, accessible claire et propre. Pas de couleur criarde ou de décoration. On pourra y mettre quelques plantes dont les enfants s’occuperont. Les meubles et les étagères sont adaptés à la taille des enfants. Chaque objet à une place.

Ainsi, les enfants peuvent se servir seul du matériel, un matériel en bon état, complet et beau. On chassera le plastique, car, pour Montessori, l’enfant doit être capable de comprendre que, si un objet tombe, il se casse. Il corrigera ainsi ses capacités motrices pour devenir maître de ses mouvements et ne pas casser ou renverser les choses. Le matériel est donc adapté aux petites mains des enfants. De même, les vêtements seront pratiques, il n’entraveront pas les mouvements de l’enfant.  Il peut déplacer de matériel et s’installer pour travailler où il veut. Un petit tapis pourra servir de zone de travail au sol. On mettra quand même l’accent sur le rangement.

La posture de l’adulte

« Apprends-moi à faire seul. » est une phrase qui peut largement résumer la philosophie Montessori. L’adulte ne donne généralement pas de consignes, il est silencieux et observateur. Seul les moments de démonstration le mettront dans une position d’enseignement. Il accompagne, il repère le meilleur moment où l’enfant va pouvoir acquérir de nouvelles compétences ou est dans une nouvelle période sensible. Il n’expose pas son savoir à l’enfant qui écoute sans rien faire ni intervenir. L’importance ici, c’est l’auto éducation. C’est assez délicat à réussir car cela nécessite une remise en question de sa conception du rôle de l’adulte.

Le matériel

Et donc, enfin, nous en venons au matériel. Un matériel très varié et nombreux. Montessori postule que les mains sont l’intelligence du corps. L’apprentissage se fait en manipulant. Que ce soit en français, en mathématiques, en sciences ou tout autre matière. D’abord, l’enfant doit manipuler avant de passer à l’abstrait.

Petit, il manipulera tout ce qu’il trouve dans la nature, il passe d’un objet un autre. Petit à petit, il se tournera vers le matériel mis à sa disposition pour d’autres apprentissages un peu plus abstrait. Le toucher, l’ouïe, l’odorat… pour apprivoiser les sens, il y a du matériel. L’enfant doit avoir le droit de répéter et répéter, encore et encore, ses manipulations jusqu’à ce qu’il réussisse. C’est grâce à cela que ses gestes sont précis et exacts.

Avant de commencer les apprentissages plus scolaires, il existe tout un domaine très important en pédagogie Montessori : la vie pratique. Ce domaine comprend tout ce qui est entretien, soin de soi, de l’environnement et du matériel. Laver, ranger, s’habiller, se coiffer, nettoyer… Les objets évidemment mis à sa disposition pour ce faire seront adaptés à ses mains de petite taille. On évitera aussi tous les objets factices pour équiper l’enfant en objets véritables, de vrais ciseaux, une vraie éponge, de la vaisselle qui casse…

Pour les apprentissages plus abstraits, on isole les caractéristiques. Le matériel est très simple, ce qui permet d’isoler chaque difficulté. On respecte ainsi le lent développement de l’enfant, on ne cherche pas aller plus vite que la musique. Il faut que l’enfant puisse observer, associer les idées avec ce qu’il connaît déjà. Ainsi, le matériel Montessori a plusieurs qualités. Une caractéristique à la fois, une seule variable change. C’est pour ça que ça permet l’autocorrection de l’enfant. De plus, il est beau et solide.

L’autonomie

L’autonomie, l’indépendance, tout cela est le but de la pédagogie Montessori. Les activités doivent être passionnantes, l’enfant doit être absorbé dans sa tâche. Il doit être aussi libre, ce qui génère une sorte d’autodiscipline. Apprendre devient une source de joie, car aucun obstacle ne se dresse sur le chemin de l’enfant. Son attention se pose sur ce qui correspond à ses goûts, ce qui fait que cela lui permet d’aller en profondeur. Et une fois qu’il aura maîtrisé ces choses là il pourra être curieux envers d’autres. La persévérance est la clé de la réussite. Mais cela n’est valable que s’il y a un processus exact à suivre. Il doit connaître comment la tâche se déroule pour pouvoir la réaliser autant de fois qu’il le désire sans avoir besoin de l’adulte.

Au début, ça peut être difficile, si un enfant n’a pas été habitué à cette liberté. Mais petit à petit, il finit par sélectionner ce qui l’intéresse, et à s’autodiscipliner. Il devient plus autonome dans ce cadre libre.

L’adulte sera donc quelqu’un qui accompagne, qui présentera le matériel au bon moment parce qu’il a observé l’enfant, il ne l’ interrompt pas dans ses explorations, il le laisse agir par lui-même, penser par lui-même. Il doit le laisser surmonter seuls ses difficultés. Et il ne félicitera, ni ne corrigera les erreurs. Il se réjouit avec l’enfant de son succès. 

Pour conclure

Maria Montessori apprenant à écrire à un jeune garçon, vers 1907. ULLSTEIN BILD / ROGER-VIOLLET

En résumé, la pédagogie Montessori est quand même quelque chose d’assez complexe. On oublie aussi souvent que c’est une pédagogie qui est adaptée à un groupe d’enfants. L’enfant va beaucoup apprendre de ses pairs. Cependant, elle est beaucoup pratiquée par des familles qui instruisent à la maison. Effectivement, c’est une pédagogique rigoureuse, scientifique, qui est fait vraiment sens pour l’enfant.

Mais il y a quand même des écueils dans lesquels il ne faut pas tomber. À savoir, privilégier le matériel plutôt que la philosophie. Montessori. C’est exigeant.

Cette pédagogie paraît simple car elle est très balisée par le matériel et il existe pléthore d’ouvrages sur le sujet. Cependant, elle peut mettre en difficulté. Déjà d’un point de vue financier, parce que le matériel est quand même assez conséquent, ce qui représente une somme d’argent non négligeable, si on veut tout acquérir. C’est difficile aussi, parce que la posture de l’adulte doit être à contre-courant de ce qu’on a souvent tendance à croire, c’est-à-dire que l’adulte sait mieux que l’enfant.

Après, rien empêche de s’inspirer de Montessori sans suivre tout à la lettre. Après tout, adapter le mobilier pour l’enfant est simple, l’encourager dans l’autonomie aussi. Pour les apprentissages de la vie pratique, il est assez facile de le faire avec ce qu’on a à la maison.

Le reste du matériel pour les apprentissages beaucoup plus scolaires est de plus en plus simple à trouver de nos jours, car Montessori est un peu devenu un business juteux.

Après, si plusieurs familles autour de vous sont intéressées par cette pédagogie, pourquoi pas ne pas mutualiser le matériel, acheter d’occasion etc. etc.

On peut voir, ça et là, des parents qui, dès que l’enfant trois ou quatre ans, enseignent déjà à leurs enfants la lecture avec le matériel Montessori. Cela donne l’impression que c’est le sacré Graal pour réussir à apprendre à lire le plus tôt possible. Si on lit les ouvrages de la pédagogue italienne, ce n’est pas ce qu’elle préconise. Ce qu’on comprend, c’est que les enfants arrivent à lire au moment où ils se sentent capables et prêts. Cela peut-être quatre ans, cela peut-être un peu plus tard.

On associe à Montessori une idée d’excellence. Mais je pense que c’est surtout parce que c’est très rigoureux ,et que quand on l’applique vraiment, oui, on peut obtenir de très bons résultats très rapidement. Mais il ne faut pas que ce soit une course au matériel, à la performance. Sinon, on oublie l’essence même de ce que Maria Montessori a voulu mettre en place, qui est une éducation pour les enfants et une éducation pour la paix. 

Pour aller plus loin

Quelques ouvrages de Maria Montessori

L’enfant. Un ouvrage pilier de la philosophie Montessori.

L’esprit absorbant de l’enfant. Plus technique, il expose toute la théorie de Maria Montessori sur le fonctionnement de l’apprentissage chez l’enfant.

La pédagogie scientifique. Ouvrage en trois tomes, plutôt technique, qui expose tout son matériel.

Le manuel pratique de la Méthode Montessori. Plus simple à lire que le précédent. Maria l’a écrit à destination des familles. Elle y résume de manière pratico-pratique sa pédagogie. Très utile pour mettre en place à la maison.

Sites internet et blogs

L’école des Amours. Une famille québéquoise qui instruit en famille avec Montessori.

Montessori, mais pas que ! Blog d’une maman française instruisant ses trois enfants avec Montessori.

Ecole et cabrioles. Blog français qui n’est plus mis à jour, mais qui est très riche en informations et matériel à imprimer.

How we Montessori. Blog d’une maman australienne qui applique Montessori au quotidien. Ses enfants sont en école Montessori.

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